Chapitre 4

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Les textes que vous trouverez à la suite sont ceux qui, depuis le 17 mars,  s’écrivent spontanément au jour le jour sur le groupe Facebook  Artistes et auteurs aux alentours de Niort. Il s’agit d’un premier jet, d’une version O qui sera retravaillée ultérieurement.

Ce sont des textes en cours d’écriture.

Chapitre 4

“Ne prêtons pas le flanc aux médisances…..surtout en ce moment, avec cette sale affaire qui tombe bien mal”, pensait Joseph Petitbon en lissant ses moustaches, tout en marchant vers l’auberge pour présenter ses condoléances à la femme de Bastien. Il avait revêtu sa tenue de maire et la large ceinture tricolore qui la complétait. Il n’était pas peu fier ainsi vêtu de ses atours et il quêtait dans les regards de ses concitoyens l’admiration et le respect dus à sa fonction. Il craignait les manifestations de chagrin de la veuve éplorée et, par-dessus tout, il avait peur qu’ elle ne lui tombe dans les bras et salisse de ses larmes son bel habit.

Il allait donc d’un pas martial quand il faillit trébucher sur un chat noir qui lui coupait la route. En tant que représentant de la république il sacrifiait aux Lumières mais  il savait bien qu’une telle rencontre, dans un moment pareil, était un avertissement maléfique. Il frissonna intérieurement mais n’en laissa rien paraître et quand un grand corbeau croassa au-dessus de sa tête, il esquissa un signe de croix qui ne passa pas inaperçu. Certains même se gaussèrent de lui car sa suffisance en agaçait plus d’un. Un petit verre de blanc lui aurait bien remonté le moral mais ce n’était pas le moment de flancher. Il respira profondément et franchit la porte de l’auberge en bombant le torse.

Il s’attendait à y trouver une veuve éplorée mais c’est une une femme extrêmement agitée qu’il découvrit. Indifférente à son visiteur, elle fouillait dans les placards, sortait les nappes, les serviettes, les torchons qu’elle secouait avant de les jeter par-dessus ses épaules tout en marmonnant. “Mais elles sont où ? elles sont ou ? ”
Le corps de Bastien reposait dans le lit clos au fond de la cuisine, les mains jointes sur sa poitrine.  Sans prêter la moindre attention au maire, la veuve se dirigea vers la dépouille et plongea  la main dans les poches du défunt. Elle les retourna sans ménagement et les laissa retomber comme deux oreilles grisâtres et ridicules de chaque coté du corps « J’ai déjà regardé, elles y sont pas, c’est pas possible ! » gémissait-elle.
Surpris par cet étrange comportement, Joseph Petitbon ôta son chapeau et commença à l’écraser de ses doigts trapus qui trahissaient ses origines paysannes. Puis il émit une petite toux discrète qui n’eut aucun effet car la veuve semblait ne prêter aucune attention à sa présence. Elle fouillait maintenant l’armoire, la vidant de son contenu avec aussi peu de soin qu’elle l’avait fait avec les torchons dans la salle de l’auberge. Au sol, autour d’elle le linge s’amoncelait…
Gêné par la scène qui se déroulait devant ses yeux, le maire ne savait quelle position adopter. Quelle agitation ! Mais que cherchait donc la veuve ? Serait-il possible que ce soit….Non, quand même pas ! Mais pourquoi serait-elle dans cet état, répétant comme une litanie : “mais elles sont où ? elles sont ou ? “
Serait-il possible qu’elle parla des clés, de ces deux clés manquantes sans lesquelles, Joseph Petitbon le savait, rien n’était possible ?
Il attrapa Ernestine fermement par les épaules.
-Calmez-vous madame, lui dit-il tranquillement, mais que cherchez-vous comme cela ?
La femme se mit à sangloter.
-Les clés, les clés.
-Quelles clés ? insista le maire.
La femme renifla et se calma.
-Il y avait une boite à bijoux, je ne la trouve plus.
-Une boite à bijoux demanda le maire, c’était vos bijoux ?
-Non, dit Ernestine en recommençant à pleurer, je ne sais pas d’où ils venaient. Bastien la cachait dans  la remise. Il fallait trois clés pour l’ouvrir. J’en ai une mais il en manque deux. Et je ne trouve plus la boite !  Quelqu’un les aura volées.
-Et à qui pensez-vous, demanda Joseph.
-Et bien c’est elle, sûrement, c’est elle la voleuse. Voleuse de mari, voleuse de bijoux.
-Je ne sais pas de qui vous parlez, dit Joseph.
La veuve s’arrêta de pleurer et commença à crier.
-Vous êtes bien tous les mêmes, un jupon qui passe et vous voila partis, c’est l’institutrice, l’étrangère, bien sûr.
Joseph sentit son estomac se nouer.
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Après avoir présenté ses condoléances à la femme de Bastien, Joseph Petitbon quitta l’auberge fort ému. Les accusations que celle-ci avait porté à l’encontre de Joséphine le bouleversaient. Bien entendu il ne mettait pas en doute les qualités d’honnêteté de la jeune femme qu’il savait incapable d’avoir volé quoi que ce soit, mais il connaissait l’esprit de clocher qui régnait dans les petits villages et la méchanceté de certains à l’endroit des “étrangers”. On était en Gâtine et ceux qui vivaient dans la plaine à quelques kilomètres de là, étaient déjà qualifiés d’étrangers. Alors que dire de ceux et celles qui venaient de la ville comme c’était le cas de l’institutrice qui était née à Niort et y avait fait ses études. Outre ses origines que d’aucuns qualifiaient de “bourgeoises”, son aspect physique la démarquait des femmes du village prématurément usées par les maternités et les travaux des champs. Joséphine était mince et élancée, elle avait la taille fine, la peau claire, les mains délicates. Et son allure était…. Joseph cherchait le mot ….distinguée. Quelle parfaite femme de maire elle ferait ! Avec une telle épouse il était convaincu de remporter les prochaines élections !
Maintenant que son rival avait disparu Joseph pouvait laisser libre cours à son imagination et il se voyait déjà réunir tous ses administrés pour fêter le mariage comme il se devait lorsque l’on était un notable respecté.
Quant au coffret, aux clés et à Bastien il s’empresserait de faire taire la petite boule de culpabilité qui habitait le creux de son estomac et d’oublier tout çela dès que Joséphine aurait accepté de l’épouser.
Il faut aller de l’avant, pensa-t-il, en franchissant le seuil de sa porte.
Et savoir qui possédait la troisième clé.
..
Joseph traversa la salle à manger, pénétra dans son bureau et ouvrit la porte attenante. Le coffret trônait sur un guéridon branlant. il sortit de sa poche la clé qu’il introduisit dans la première serrure. Il y eut un petit bruit, délicat, un frottement délicieux à son oreille et la clé tourna. Il tenta, comme il l’avait déjà fait tant de fois d’ouvrir la serrure suivante avec la même clé, mais comme à l’accoutumée elle refusa d’entrer. Trop large , elle ne pénétrait pas à l’intérieur de la serrure. Il essaya en vain avec la troisième, secoua la boite, poussa un juron et la reposa brutalement sur le guéridon. Il me faut les trois, ronchonna-t-il. Si j’en ai une et la femme de Bastien une autre, où est la troisième ? 
..
Un fumet délicat provenait de la salle à manger. Son couvert était mis et la servante posait un plat fumant devant son assiette.
-Vous êtes servi, dit-elle.
-Merci, Marguerite, dit Joseph en s’asseyant.
Il déplia sa serviette et en glissa une pointe derrière son col.
-Qu’est-ce que vous avez cuisiné aujourd’hui, demanda-t-il ?
-Une daube, répondit la servante en plaçant sur la table un plat fumant et odorant.
Joseph Petitbon se servit, goûta et poussa un soupir de plaisir
-Vos plats ont toujours un petit goût très particulier que je ne connaissais pas. Qu’est-ce que vous ajoutez ? On dirait de l’amande.
-C’est mon secret, monsieur. Je ne fais pas mariner la viande.
-Est-ce que vous vous plaisez ici Marguerite, demanda -t-il entre deux bouchées.
-Oui monsieur, mais je ne suis chez vous que depuis une semaine.
-C’est vrai vous n’êtes pas arrivée dans le village depuis longtemps. Où étiez-vous donc auparavant ?
-Chez le curé du Beugnon.
-Et pourquoi en êtes-vous partie ?
-Le brave homme a rejoint le Bon Dieu. Il était très vieux, il arrivait même plus à dire la messe. Mais c’est sûr que je préférais travailler chez lui qu’à l’auberge.
-Et pourquoi donc, demanda Joseph. Mais asseyez-vous donc.
-M’asseoir à votre table ? Pendant que vous mangez ?
-Mais oui, faites donc, répondit le maire.
Marguerite s’assit d’une fesse sur le bord de la chaise en lissant son tablier.
-Et pourquoi préférez-vous travailler ici qu’à l’auberge, interrogea Joseph.
-Ah vous savez, j’aime pas dire du mal.
-Du mal de qui ?
-Ben de mes anciens patrons.
-Cette discrétion vous honore, répondit Joseph tout en coupant sa viande à la fourchette . Votre bœuf fond dans la bouche. Mais, il s’est passé quelque chose chez Bastien ?
-Comme je vous dis je suis pas une commère. Mais c’est pas des gens bien.
-Comment ça, insista Joseph en soufflant sur un os pour en faire sortir la moelle qu’il étala sur une tranche de pain.
-C’est qu’ils en ont des choses à cacher
-Ah oui ? enchaina le maire.
Marguerite se tut.
-Je vous le dis à vous, mais le répétez pas.
Elle se pencha vers Joseph.
-Parait qu’il avait trouvé un trésor.
-Un trésor ?
-Oui, parait qu’il l’avait trouvé dans un souterrain et qu’il l’avait caché chez lui. Et que sa femme elle disait qu’il allait partir avec une autre femme, et que s’il partait elle le tuerait. Et maintenant il est mort.
-Et le trésor, demanda Joseph.
-Ben je sais pas, je les ai quittés. La femme, c’était rien qu’une paresseuse, et même que je crois,…
Marguerite baissa la voix, Joseph tendit l’oreille.
-Je crois que c’est elle qu’a empoisonné son mari.
Joseph s’immobilisa, la fourchette en l’air, quelques rondelles de carottes fichées sur les pointes
-Marguerite, il ne faut pas dire des choses comme ça.
-Mangez, dit Marguerite, ça va refroidir. Oui, ben j’étais bien contente de venir chez vous parce que vous savez, si le Bastien il a été empoisonné, ben c’est moi qui faisais la cuisine, alors j’aurais pu être accusée.
Joseph terminait son assiette. Marguerite lui resservit une louchée de sauce accompagnée de quelques morceaux de lard.
-Faut manger, monsieur, faut pas qu’il en reste.
-Merci Marguerite. C’est délicieux. Mais je crois que vous vous racontez des histoires, Bastien n’a pas été empoisonné, personne ne voulait sa mort, il  a simplement trébuché devant sa porte il est mort d’un coup en se cassant la tête sur ses marches.
-Oui, c’est ce qu’on dit, mais moi je sais ce que je sais, dit Marguerite en se levant. Bon faut que je retourne à ma cuisine, j’aime pas dire du mal. Demain je vous ferai un chou farçi.
Pensif, monsieur le maire rompit un morceau de pain, sauça son assiette, essuya ses moustaches, allongea ses jambes et se caressa l’estomac.
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Ses paupières devenaient lourdes et il sentit une délicieuse torpeur l’envahir. Marguerite achevait de desservir la table et la lampe à pétrole faiblissait. L’obscurité commençait à envahir la salle manger.
-Faut pas vous endormir, monsieur le maire, dit Marguerite.
Joseph ouvrit les yeux.
-Vous avez raison, marmonna-t-il. J’ai encore du travail.
Il se leva , saisit sa blague à tabac et sa pipe.
-J’ai bien failli m’endormir, dit-il. Je crois que j’ai un peu abusé de votre daube. Je vais prendre l’air un moment.
Il sortit sur le pas de sa porte et l’air frais de cette soirée d’hiver acheva de le réveiller. La lune était pleine et son reflet sur la neige qui recouvrait le village l’éclairait d’une lumière argentée.
Il fit quelques pas le long des maisons qui entouraient la place.
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Tout était tranquille. Des lumières scintillaient aux fenêtres. Il marcha vers l‘église et aperçut la silhouette du curé à l’intérieur du presbytère. La neige avait été soigneusement balayée. Il allait geler cette nuit et il faudrait prendre garde demain matin où on mettrait les pieds. Il contempla la lune avec une certaine appréhension car il y avait toujours des évènements imprévus à cette période et son secret lui pesait.

Il respirait avec force et difficulté et son souffle se répandait en une brume vaporeuse.  Il prit la rue à gauche et se dirigea vers l’école en pensant à Joséphine. Tout à côté, se trouvait la petite maison où elle habitait. C’est lui qui avait supervisé les travaux du logis et il avait veillé à ce qu’elle ait tout le confort. Il s’enorgueillissait d’avoir réussi à faire accepter par ses administrés la nécessité d’une école dans le village car obtenir les fonds nécessaires n’avait pas été chose facile et cette réussite le remplissait de joie et de fierté. Il se rapprocha en faisant le moins de bruit possible pour tenter de surprendre la jeune fille.

Il venait de tourner le coin de la rue quand il entendit qu’on l’appelait. Il tourna la tête et vit Ernestine, la femme de Bastien, qui lui faisait signe. Agacé mais intéressé, il quitta son poste d’observation et se dirigea vers elle.
-Faut que je vous parle, monsieur le maire, dit-elle en lui faisant signe d’entrer.
Il obtempéra.
-Je vous sers un petit verre, demanda-t-elle.
Joseph Petitbon hésita un instant. Ça fera passer la daube, pensa-t-il en acceptant.
-Avez-vous retrouvé vos clés, demanda-t-il.
-Justement c’est de ça que je veux vous parler. Quelqu’un a volé le coffre, quelqu’un a volé les clés, mon mari est mort d’une façon très bizarre, et maintenant il me reste une des trois clés. J’ai peur que la voleuse vienne m’assassiner pour la récupérer
-Je crois que vous vous inquiétez pour rien, dit le maire. Bastien aura changé de place le coffret et les clés, vous allez les retrouver.
-Non, je crois pas, répondit Ernestine. Ou bien il y a de la magie là-dessous, ou bien quelqu’un veut récupérer le magot.
-Et en quoi puis-je vous aider, demanda-t-il.
-Il faut renvoyer l’institutrice.
-Voyons, dit le maire, je n’ai aucune raison de faire cela.
-Mais c’est une voleuse de mari !
-Quel rapport avec vos clés ? Et d’abord en êtes-vous sûre ?
-Pour sûr ! Je les ai bien vus tous les deux au mariage de la Louison la semaine dernière, quand ils ont dansé ensemble. Tout le village était au courant, sauf moi, bien sûr ! Je suis sûre qu’ils avaient décidé de partir ensemble avec le magot.
-Pour l’histoire avec votre mari, si c’est vrai, je ne peux rien faire. En revanche pour vous rassurer, je peux vous proposer de garder la clé que vous possédez, je la mettrai en sécurité dans le coffre de la mairie, vous la reprendrez quand vous voudrez.
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En sortant de l’auberge Joseph s’appuya contre un mur de pierre. Il était de plus en plus barbouillé et légèrement étourdi, mais son cœur sautait de joie à l’idée d’avoir récupéré la deuxième clé. Avant de rentrer chez lui pour l’essayer et vérifier qu’elle correspondait bien à une des trois serrures du coffret , il reprit son observation sous les fenêtres de Joséphine. Celles-ci étaient closes et aucune lumière ne filtrait à travers les persiennes. Elle est déjà couchée, pensa-t-il. Je la verrai demain à l’enterrement de Bastien. Il faudra que j’attende tout de même quelques jours pour lui faire ma demande mais si je pouvais lui offrir les bijoux qui sont dans le coffret cela devrait aider à sa décision. Avec le mariage, je lui offrirai la respectabilité. Elle apprendra à m’aimer et oubliera l’aubergiste et cette funeste passion sans avenir.
C’est à ce moment qu’au loin, sous la pleine lune on entendit un loup hurler. Tous les chiens du village lui répondirent et Joseph rentra chez lui.
Sa nuit fut fort agitée. Il alla de cauchemar en cauchemar. La police se présentait chez lui, Bastien le menaçait, Joséphine avait caché une clé sous sa chemise, elle attendait un enfant et lui jetait le coffret à la figure, il croisait un cochon sauvage et trébuchait dans le purin, ses électeurs se détournaient de lui et le curé le poursuivait accompagné de la sorcière du village en brandissant un crucifix incandescent. C’est donc accompagné d’un violent mal de tête qu’il se leva. Il refusa le café que lui proposait la servante et demanda un simple bol d’eau chaude.
-Faut manger le matin, dit Marguerite, je vais vous faire une infusion.
Le maire déclina la proposition.
-Ça ira, Marguerite, ça va passer.
-Vous savez la nouvelle, demanda la servante.
-Non, répondit le maire.
-Les parents de la Louison.
-Oui ?
-Ben y sont morts.
-Ah bon, dit Joseph.
-Y sont morts tous les deux cette nuit.
-Ils étaient malades ?
-Pas du tout. Ils ont fait la noce avec leur fille la semaine dernière, ils allaient bien. Quelqu’un leur aura jeté un sort.
Joseph Petibon soupira et s’éloigna vers son bureau.
-Ce sont des choses qui arrivent Marguerite. Ils étaient vieux. Paix à leur âme.
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Il s’assit à sa table de travail, passa sa main sur son front et, encore aux prises avec une digestion difficile, se mit à énumérer ses tâches urgentes. La prochaine réunion du conseil municipal le préoccupait beaucoup et l’empêchait d’avancer. Il avait promis à Bastien d’obtenir une subvention pour son auberge et les derniers événements venaient chambouler ce projet. Il se sentait aussi fragilisé par le curé qui en savait beaucoup trop à son goût sur Joséphine. Celle-ci lui aurait, parait-il, avoué des choses très graves lors de sa dernière confession, choses dont il ne pouvait absolument pas parler.
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Joseph Petitbon était absorbé dans la rédaction de ses courriers et l’étude des dossiers de la commune lorsqu’il fut dérangé par des bruits de voix sur la place. Ça criait, ça vociférait, le bruit enflait et il se leva pour regarder par la fenêtre. Trois femmes se disputaient bruyamment. Il y avait la petite Louison qui s’était mariée une semaine plus tôt et dont les parents étaient morts dans la nuit, Ernestine l’aubergiste et Marguerite sa propre servante. De toute évidence c’est Marguerite qui faisait les frais de la dispute. Toutes trois gesticulaient et menaçaient d’en venir aux mains. De là où il se trouvait Joseph n’entendait que des bribes de l’algarade mais il était question d’argent, de repas, de voleuse et de quelques autres amabilités et noms d’oiseau. La petite Louison plongea la main dans sa poche et glissa quelques pièces dans celle de Marguerite qui lui tourna le dos et regagna la maison du maire sous le regard amusé des villageois qui avaient assisté à la scène.
Joseph reprit l’étude de ses dossiers jusqu’à ce que l’on frappe à sa porte. C’était Marguerite, un baluchon à la main.
-Je viens vous dire au-revoir monsieur.
-Où allez-vous Marguerite ?
-Je vous quitte monsieur, je quitte le village
-Mais pourquoi cela, demanda le maire, soudain inquiet de perdre sa cuisinière
-Il y a des mauvaises femmes ici. Déjà la Louison elle voulait pas me payer ma journée de cuisine pour son mariage.
-Mais elle vous devait cet argent, c’est vous qui aviez fait le repas. Il était excellent d’ailleurs m’a-t-on dit insista le maire soucieux de calmer sa servante dont il n’avait nulle envie de se séparer. Pourquoi refusait-elle ?
-Parce que c’est une malhonnête. Je m’en vais, je vous dis.
Joseph eut beau insister, argumenter et complimenter la servante, celle-ci resta sur ses positions. Elle demanda ses gages que Joseph lui donna à regrets, attrapa sa pelisse, mit son baluchon à son bras et, avant de franchir la porte, se retourna vers le maire en lui disant :
-Il reste de la daube dans la cuisine.
Joseph eut un haut-le-cœur.

 

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