Ernestine, la femme de Bastien.

On ne peut pas dire d’Ernestine Pacrot que ce soit une beauté. Pourtant à 30 ans, et malgré son teint rougeaud, son nez large et épaté (qui la fit surnommer porcinette lorsqu’elle était enfant) elle possède un certain magnétisme avec ses yeux très noirs, sa poitrine avantageuse et ses cheveux frisée d’un joli blond vénitien.
Elle est de taille moyenne et est très fière de ses mains que chaque soir elle enduit de graisse à traire pour leur conserver leur beauté.
Par souci d’économie elle fabrique elle-même ses vêtements et ceux de sa fille, et les orne abondamment de broderies et de volants
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Lorsqu’elle sert ses clients, ou qu’elle s’arrête pour parler avec un passant, elle se campe fermement sur ses jambes, le ventre en avant, les mains posées sur ses hanches, trahissant ainsi ses origines et son éducation paysannes.
Pourtant son père était originaire d’une famille de militaires et il donna ainsi à sa femme, la fille de simples pécheurs, une place dans la société à laquelle elle n’aurait jamais pu prétendre.
Malheureusement il mourut pendant la seconde guerre de l’Opium en Chine en laissant sa femme sans le sou et en ignorant qu’elle attendait leur premier enfant. Ernestine ne connut donc pas son père. Dans le même temps tous les hommes de la famille de la mère moururent en mer
Seule et sans ressources, la veuve épousa alors un vieux meunier de Secondigny auquel elle donna (malgré le grand âge de son mari) deux jumeaux. Elle mourut alors qu’Ernestine était encore une fillette et celle-ci devint bientôt la domestique de son beau-père.
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Elle rêva longtemps de fuir son village pour partir en Chine retrouver le glorieux passé de son père, puis en grandissant son ambition devint celle de regagner sa place dans la bonne société. Elle crut pouvoir y parvenir en jetant son dévolu sur Joseph Petitbon, un garçon du village, brillant élève promis à de hautes fonctions politiques. Malheureusement celui-ci ne jeta jamais ses yeux sur elle. Lasse d’attendre que Joseph lui fasse « voir le loup », elle se donna à Bastien le jeune aubergiste et se retrouva enceinte. À coups de fourche, son beau-père, le vieux meunier, obligea le fautif à épouser la pêcheresse.
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Ce ne fut donc pas un mariage d’amour mais peu à peu elle s’éprit de ce beau garçon à la chevelure noire et aux yeux couleur d’émeraude. Sa première fille, Rose, naquit donc dans la première année du mariage. Malheureusement l’accouchement se passa mal et en dix ans aucun autre enfant ne s’annonça. Il est vrai que peu à peu Bastien la visitait de moins en moins. Elle qui avait toujours manqué d’amour, aurait tant aimé avoir à nouveau un tout petit à chérir. Et surtout un garçon. Sa grande peur était de ne pas pouvoir transmettre une lignée de fils qui porteraient le prénom de son père, et qui remplaceraient tous ses ancêtres maternels morts en mer. Comme si faute d’une descendance mâle, tout devrait s’arrêter avec elle, sans passé, sans futur, juste l’oubli du passé.
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Malgré cette frustration elle adore sa fille, Rose à laquelle elle souhaite donner le meilleur pour lui offrir une autre vie que la sienne, une vie digne de son glorieux ancêtre.
L’arrivée de Joséphine dans le village la bouleversa et sa jalousie fut immédiate. Elle vit dans l’institutrice tout ce qu’elle n’avait pas : la beauté, la liberté et l’intelligence. De plus, Rose s’était attachée à son institutrice et Ernestine savait qu’elle pouvait aider la fillette à évoluer au-dessus de sa condition. Elle était donc écartelée entre ses projets de grandeur pour Rose et l’influence redoutée de l’institutrice.
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Très vite elle aima le travail dans « son » auberge dans laquelle elle mit toute son énergie pour en faire l’établissement le plus réputé de la région. Aujourd’hui l’affaire tourne bien. Ernestine est aux fourneaux et Bastien au bar. Il est son homme, sa propriété, son employé (du moins le traite-t-elle ainsi) et l’auberge représente une promotion sociale à laquelle elle tient plus que tout. Elle estime d’ailleurs qu’elle a bien mérité tout cela pour avoir supporté le vieux hibou qui lui servit de beau-père.
Elle aime l’argent pour la situation sociale qu’il procure. Elle sait compter et elle peut être à la limite de l’avarice. Elle est fière, volontaire, dure à la tâche, obstinée..
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Dans sa vie professionnelle c’est une excellente commerçante, affable, attentive tout en sachant rester ferme avec les clients, ivrognes ou mauvais payeurs.
En dépit de sa rudesse, elle est appréciée dans le village
Dans sa vie personnelle elle peut être violente, piquer des crises de colère qui terrorisent son entourage. Quand elle ne peut obtenir ce qu’elle veut, elle peut aussi se lancer dans des larmes, des récriminations et des plaintes qui finissent par faire plier ses interlocuteurs.
En raison de la réussite de l’auberge elle est convaincue de tenir un certain rang dans la société villageoise. Catholique pratiquante elle a la foi du charbonnier mais elle croit aussi à toutes les histoires et les légendes de la région. Elle se rend souvent chez la sorcière afin de lui acheter des philtres d’amour pour faire revenir son mari, des potions et des onguents pour faire venir le fils tant attendu.
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Quelque temps avant que ne débute l’histoire Ernestine trouva un coffret caché dans la remise. Cette boite contenait des bijoux et portait trois serrures. Or, ces bijoux ne lui appartenaient pas et elle en ignorait la provenance. Elle décida de surveiller et la boite et son mari et c’est alors qu’elle découvrit que Bastien et l’institutrice entretenaient une liaison. Elle en conçut de la colère et une grande peur : celle que Bastien ne la quitte, ne vende l’auberge et ne s’enfuie avec l’institutrice et le coffret rempli de bijoux. Ce qui serait alors l’anéantissement de ses rêves et de ses efforts et cela lui était insupportable.
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Les mobiles
1-Ernestine sait que son mari va partir avec Josephine. L’auberge appartient à Bastien. Son départ va la déposséder ainsi que sa fille. Elle a appris, d’autre part, que le maire a des dettes. Elle n’a pas renoncé à lui. Elle imagine qu’il ne pourra refuser d’épouser une riche veuve. Son plan est muri soigneusement. Elle connait la haine de la sorcière pour Bastien. Lui faire porter le chapeau sera facile. Tout le village utilise ses potions quand le médecin ne peut rien faire.
Bastien souffre de crises de goutte très douloureuses. Personne ne sera étonné qu’elle rtémoigne qu’à part la tisane de la sorcière, l’aubergiste n’a rien pris de suspect. L’arrivée du serpent va encore servir son projet. En accusant Mélusine, la sorcière ou Josephine, elle brouille toutes les pistes.
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2-Il la trompe, elle veut un autre enfant et lui la délaisse. Il ne lui adressait même plus la parole sauf devant les gens. Elle est sûre qu’il a trouvé un trésor et elle veut récupérer le magot. Il avait une petite clef qu’il cachait, elle pense qu’elleouvre un coffret plein de bijoux. Elle préfère le tuer plutôt qu’il aille à une autre. Elle se dit qu’à l’âge qu’elle a elle peut se remarier ytès vite et avoir des enfants
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3-Ernestine se moque complètement de la relation qu’entretient Bastien avec Joséphine. Au contraire, ça l’arrange plutôt, comme ça, il lui fiche la paix. Auparavant, elle faisait appel à la sorcière pour qu’elle lui donne des plantes soporifiques pour son mari. Pendant qu’il dormait, elle en profitait pour s’échapper de chez elle la nuit et pour “courir le gueux”, c’est à dire pour se distraire avec des ouvriers agricoles de passage. Elle en profitait aussi dès qu’elle pouvait pour se tenir au courant des affaires de l’auberge. Un soir en revenant d’un rendez-vous galant, elle a entendu un rire moqueur. Elle préfère donc se débarrasser de son mari que de courir le risque d’être mise à la porte et de supporter la honte.
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Le mode opératoire
Bastien souffre de crises de goutte très douloureuses. Personne ne sera étonné qu’elle témoigne qu’à part la tisane de la sorcière, l’aubergiste n’a rien pris de suspect. L’arrivée du serpent va encore servir son projet. En accusant Mélusine, la sorcière ou Josephine, elle brouille toutes les pistes.