Le maire : Joseph Petitbon

Le père de Joseph qui travaillait  à la première ligne du chemin de fer entre Saint Benoît et Niort était absent une grande partie du temps et c’est la mère, fille d’un filatier de laine, qui éleva seule ses trois garçons.  Tenant ses enfant et sa maison d’une façon très rigide, elle fut une mère acceptable avec les deux ainé mais se montra très exigeante avec Joseph son troisième fils qui devint son souffre-douleur et grandit sous les coups.

De ses années d’enfance et des souvenirs des maltraitances que sa mère lui fit subir, il  ne sortit pas indemne. Timide, soupçonneux, revanchard et ambitieux, il développa très tôt une étonnante capacité de dédoublement qui lui permit maintes fois de s’extraire par la pensée d’une situation désagréable au point d’en perdre même le souvenir.

Il avait dix-huit ans à  la mort de son père qui tomba d’un échafaudage en travaillant à la réfection du château de Vairé. Des trois fils du couple l’ un était devenu marin à La Rochelle, l’autre avait été embauché  dans l’ancienne filature (qui, après la faillite du grand-père était devenu une petite ferme) et c’est le troisième, Joseph le mal-aimé, qui réussit le mieux en devenant l’homme à tout faire du maire d’Exireuil, puis son secrétaire avant de le remplacer à la Mairie du village.

Aujourd’hui il est apprécié de la majorité de ses électeurs, il a le sentiment d’avoir socialement réussi et il est fier de sa fonction de maire. Il vit seul avec une cuisinière-femme à tout faire dans un grande maison héritée d’un de ses oncles, contigue à la mairie.

Il voua une grande admiration à Napoléon III (dont il appréciait tout particulièrement ses mesures en faveur du droit de grève et de l’éducation) et la défaite de la guerre de 1870 qu’il attribua à la trahison de Bazaine ne lui ôta pas cette admiration.

Homme cultivé, il aurait pu aimer Victor Hugo si celui-ci ne s’était pas autant opposé à l’Empereur. Sa vie intérieure est riche et pleine de rêveries dans un monde qui change et qui n’est plus tout à fait le sien. Il aime la musique, regrette de ne savoir jouer d’aucun instrument mais il possède une belle voix de basse et ne manque pas, lors des cérémonies officielles, d’entonner vigoureusement l’hymne national. C’est aussi un peintre du dimanche qui peint des portraits en secret.

Bastien est hémophile. Mais pas un cas classique non, mais un de ceux qui font exception. Il craint, par allergie, le principe actif de la Bardane. Lorsqu’ils avaient 10 ans, pour le taquiner,  Joseph avait appliqué un fruit de la plante sur le pied de Bastien, en appuyant très  fort  et Bastien avait saigné très longtemps malgré les tentatives des deux enfants pour compresser les minuscules plaies. Bastien avait expliqué Joseph  que son grand-père maternel était mort en saignant sans s’arrêter et que lorsqu’il avait à 5 ans, sa mère lors d’un pique-nique au bord d’un champ, l’avait vu se mettre à saigner des doigts alors qu’il jouait avec des boules de Bardane. Vu le temps qu’il avait fallu pour arrêter le saignement elle en avait conclu qu’il tenait de son grand père et qu’il fallait le protéger en lui évitant le contact avec cette plante.
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Il est grand, un peu vouté, sa musculature semble peu développée, ce qui lui donne l’air d’une plante mal nourrie qui penche vers le sol pour y trouver de l’eau. Ses cheveux bruns et gras sont toujours bien coiffés, de part et d’autre d’une raie méticuleusement tracée au milieu de son crâne qui commence à se dégarnir.
Il prend grand soin de sa moustache qui, pense-t-il, compense son crâne un peu dégarni. Il l’effile chaque jour et l’ enduit d’une cire pour la retrousser fièrement et remonter ainsi la commissure de ses lèvres. Il la touche souvent ce qui lui vaut les moqueries des gamins du village qui le surnomme Mistigri. Ce surnom ne lui déplait pas car il aime les chats. Il en possède plusieurs qui vagabondent dans tout le village. Le chat de la sorcière vient parfois chez lui car il le nourrit généreusement. Ce qui entretient entre lui et cette dernière eux une certaine estime, d’autant qu’ils possèdent en commun une détestation pour Bastien
Lorsqu’il est ému ses mots sont hésitants et il donne alors l’impression d’avoir quelque chose à cacher. Dans ces situations un peu stressantes il enlève alors son chapeau et l’écrase entre ses doigts.
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Si Joseph Petitbon gère très bien son village il n’en est pas de même pour son propre argent. Sans fortune personnelle il a du mal à faire face à ses propres dépenses et à plusieurs reprises il du faire des “emprunts” à la caisse de la commune. Les comptes de la commune doivent être publiés dans les semaines qui viennent et il n’a pas le premier sou pour rembourser. 
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Dès le premier regard il était tombé éperdument amoureux de mademoiselle Lafigue, l’institutrice. Malheureusement, celle-ci entretint très vite  avec Bastien une passion amoureuse qui aurait pu le désespérer s’il n’était pas homme à croire dans ses rêves et dans sa détermination à les vivre quoi qu’il en coûte. Mais qu’a-t-il à offrir à Joséphine de plus que  ne pourrait le faire Bastien avec sa beauté et sa soudaine fortune ? 
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Son histoire avant l’histoire.
Bien qu’opposé à Bastien au sein de la vie politique, les deux hommes qui se connaissent depuis l’enfance sont toujours resté très amis. Pourtant Joseph  envie la beauté, l’entregent, la réussite sociale et l’influence politique de son ami d’enfance. Le souvenir de leurs jeunes années lorsqu’ils n’étaient que des galopins les a liés à tout jamais, et ils partagent en secret le remords d’un jeu cruel qui a mal tourné. 
Quelques semaines avant que ne commence cette histoire, Bastien est venu trouver Joseph. Il avait, disait-il, trouvé un coffret contenant des bijoux. Il avait caché ce coffret chez lui mais sa femme l’avait découvert. Or il avait des projets que cette soudaine fortune lui permettrait de réaliser mais dont Ernestine ne faisait pas partie. Il n’en avait pas dit plus à Joseph mais lui avait simplement demandé de conserver chez lui une des trois clés qui ouvrait le coffre, au nom de leur vieille amitié.
Joseph avait accepté.  
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